Poitiers : 8ème rencontres nationales du travail social en lutte

Le 11 mars dernier, le Collectif des associations citoyennes était présent aux 8ème rencontres nationales du travail social en lutte qui avait lieu à Poitiers. Environ 80 personnes étaient présentes venues de 25 départements, une bonne dizaine de collectifs et les syndicats Sud, CGT, FSU étaient représentés. 

Ils sont revenus sur la mobilisation historique du 7 décembre dernier.  Plus de 50 000 personnes ont manifesté partout en France pour dénoncer la dégradation des conditions de travail et d’accueil, du jamais vu pour ce secteur. Cette forte mobilisation est le résultat d’un travail de fourmi mené par ces rencontres pour fédérer les collectifs parfois minuscules, apparus partout dans le travail social ces dix dernières années.

Chacun de ces collectifs surgit souvent à partir d’un point de bascule. Par exemple, le collectif « le social brule » à Marseille se créé en 2018 à l’annonce de la baisse radicale de subvention pour deux accueils de jour. Dans le Nord, le collectif « le social déchainé » se créé en 2017 après une assemblée générale organisée par une intersyndicale où les travailleurs sociaux découvrent que ce qu’ils pensaient vivre chacun de leur côté dans une urgence permanente est une réalité partagée par beaucoup, le collectif se construit alors pour penser ce qui arrive au secteur du social dans la durée.

La plupart des collectifs s’inscrivent dans cette optique, rassembler au delà des étiquettes syndicales, les professionnels syndiqués ou non, pour partager les réalités, les décrypter et organiser les luttes contre  notamment les mises en concurrence entre associations face aux appels d’offre qui poussent à faire toujours plus avec toujours moins, l’absence d’espace de pensées (ces espaces collectifs répondent aussi à ce manque), les pratiques délétères voire la montée des maltraitances parce que les professionnels sont noyés dans les urgences ou dans des lieux d’accueil débordés ( hébergement d’urgence, foyers de protection de l’enfance…).

Ces collectifs peuvent également être le lieu d’une repolitisation à partir du terrain alors que les professionnels du social ont parfois intégré l’arrivée depuis de nombreuses années dans le secteur social de pratiques de managment issu du monde de l’entreprise, des pratiques de contrôle social. 

Face à la naissance de tous ces collectifs, une première rencontre nationale du travail social en lutte a lieu en 2018 en Seine Saint Denis de façon assez confidentielle… puis avec des hauts et des bas ces rencontres ont essaimé, créé des liens entre collectifs, des ponts entre syndiqués et non syndiqués, public, privé, associatif ou non, autour du travail social avec souvent les mêmes constats sur les pratiques empêchées. Ce travail de fourmi a donc permis donc cette mobilisation historique.

Cette mobilisation a sorti un petit moment ce secteur de l’invisibilité dans laquelle il est souvent plongé.  Il a également poussé le gouvernement à réagir, la sortie récente le 10 mars (et en urgence) du livre vert du travail social après une mission confiée par Olivier Veran en janvier dernier montre une tentative de calmer la colère. Pas sûr que cela marche parce que ce livre vert  propose une refonte complète du cadre professionnel, des formations (qui viennent déjà d’en subir plusieurs) voir ici la lecture qui en est faite par le collectif Avenir educ qui propose en réaction un livre rouge des colères face à l’absence de concertation et d’écoute des réels besoins du secteur. 

Au final, ces rencontres ont abouti à la formalisation d’un nouveau texte d’appel (voir ici) pour une grève nationale les 31 mai et 1er juin prochain.